Edito

Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
N'hésitez plus à partager vos idées !

Stéphane Toutoundji

E-Mail :contact@stephane-toutoundji.com

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lundi 01 septembre 2008

C’est la rentrée !

Comme les écoliers qui reprennent le chemin de l’école cette semaine, le travail recommence, les vendanges sont parties dans le sud avec les cépages blancs et la qualité est au rendez-vous.



Chez nous, un beau ciel bleu a inondé notre région toute la semaine dernière. Les premiers prélèvements ont eu lieu et les résultats correspondent au temps de cet été : la maturité est moyenne et nous sommes définitivement sur un millésime tardif. Je ferai des commentaires techniques plus complets avec une vue d’ensemble la semaine prochaine.



Quand au monde du vin, le problème de la publicité sur Internet est toujours d’actualité, le Sénat planche dessus à nouveau. Le bilan économique 2008 de la filière n’est pas trop mauvais, le niveau de stock à la propriété a reculé de 6% par rapport à l’année dernière. Par contre l’export marque le pas avec une baisse de 6% pour le premier semestre 2008. Les foires aux vins vont être bien fournies en références.

Pour nous aider, il nous faudrait un gouverneur comme Arnold Schwarzenegger qui a déclaré le mois de septembre ’mois du vin en Californie’ et qui paye de sa personne dans un spot télévisé avec son épouse assis au restaurant vantant la cuisine et le vin Californien. C’est diffusé sur toutes les télés américaines pendant le mois qui arrive et je trouve ça énorme ! Courageux et tout simplement fantastique. On peut se moquer de ce pays qui a bien des travers, mais ils défendent leurs produits et leurs valeurs avec une force qui laisse sans voix.

Signalons l’heureuse initiative de France 3 qui a eu la bonne idée de diffuser « Mondovino » en prime time. Le film n’a aucun intérêt pour moi, mais c’est courageux de programmer ce genre de documentaire à une heure de grande écoute, qui plus est sur une chaîne publique. Bravo !!!

lundi 25 août 2008

C’est calme !

Après ces trois mois de bataille ininterrompus contre dame nature qui veut absolument nous empêcher de produire du vin sur le Bordelais en 2008, le personnel de beaucoup de propriétés est en congés jusqu’à la fin du mois et ils l’ont bien mérité. Cette campagne a été compliquée, très compliquée. Le temps est maussade et la récolte sera tardive avec les premiers raisins coupés en rouge vers le 29 septembre, ce qui est très inhabituel chez nous. On pourra peut-être gagner 3 à 4 jours si le temps est exceptionnel... Les quantités sont très faibles, surtout en blanc où les cours risquent de s’envoler car la pénurie sera d’actualité. Donc, cela fait deux ans que les quantités sont faibles et cela n’est pas sans conséquence. Par exemple, si le millésime 2008 est moyen, le manque de volume pourrait entraîner des cours qui s’envolent !

Nous ne sommes malheureusement pas responsables de ce que nous donne la nature, c’est un des charmes de nos métiers.

Les vendanges ont commencé en Turquie où la première cuve de Muscat a été pressée ce début de semaine. Ils ont connu un été chaud la journée et frais la nuit : tout ce qu’il faut pour avoir de beaux raisins ! C’est quand même mieux quand le temps et la météo est de notre côté. Si le ciel pouvait être clément jusqu’à fin septembre chez nous, cela nous aiderait bien…

lundi 18 août 2008

Vacances et méditation


Les vacances sont l’occasion d’analyser des sujets un peu plus profondément. Deux réflexions me sont venues pendant mes dernières.

A propos du classement de Saint Emilion, il n’y a aucune issue. Quoiqu’il advienne maintenant, l’image est abîmée et ternie. Si le classement de 1996 est conservé et que les crus classés en 2006 le restent, alors tous les châteaux seront classés, et que vont dire les châteaux déclassés en 1996 et ceux qui n’ont pas accéder au classement en 2006 ? Que devient la valeur de ce classement quand vous faites la liste de tous ces châteaux ? La sortie de cet imbroglio sera compliqué. Heureusement, l’association des crus classés de Saint Emilion a, en la personne d’Alain MOUEIX comme président, l’homme de la situation capable de dénouer intelligemment cette crise majeure.

Ensuite, la publicité pour le vin sur Internet est interdite par Mr BARNIER, notre ministre préféré de l’agriculture (le costume de gentil coorganisateur des jeux olympiques de 1992 lui allait mieux), et cela est préjudiciable car Internet est un outil mondial et nous sommes encore les dindons de la farce. D’ailleurs, la loi Evin ne sera jamais abrogée car les dernières campagnes anti-alcool sont d’une violence visuelle rare comme le spot TV actuel. Les jeunes boivent pour se saouler rapidement, signe d’un mal être et parce que l’alcool est facile à trouver et est peu cher. Le vin ne sert plus à l’alcoolisation lourde, sauf malheureusement pour les SDF, et il faut dissocier le vin de l’alcool. Le vin est un plaisir, un moyen de rester en bonne santé en le consommant à dose modérée. Le vin doit être traité en France comme un alicament ! Alors Mme Bachelot, Mr Barnier ! Qu’attendez-vous ?

Cela serait un geste fort pour la filière de rétablir la communication sur le vin. Nous attendons tous un geste. Vous avez autorisé la vente de RED BULL en France, faites quelque chose pour ce beau métier de vigneron, SVP !!!

vendredi 08 août 2008

Quelques jours de vacances !!

En cette semaine du 15 août , j’ai pris quelques jours de repos !! A la semaine prochaine

lundi 04 août 2008

Période calme

L’actualité est réduite en cette période estivale.

Au niveau du vignoble, les vendanges vertes sont en cours dans les crus qui ont décidé de le faire cette année. L’état du vignoble est correct après tout ce qu’il a subi (grêle, gel, mildiou). La prévision de récolte est quand même faible, encore mois que l’année dernière, mais si le millésime est bon, ça ira. Le mois de juillet a été beau mais le retard pris est bien présent et les vendanges seront tardives cette année.

Les dernières dégustations de tonneliers s’achèvent chez les clients, les 2007 vieillissent tranquillement dans les chais et le personnel des châteaux est souvent en vacances.

Il est temps que j’en fasse de même pour quelques jours !!!

lundi 28 juillet 2008

Et ça va durer longtemps ?

Ce mois de juillet est très particulier, l’inquiétude est grande dans la filière et se fait ressentir tous les jours par les mots ou les actes. Par exemple, hier un propriétaire d’une soixantaine d’années est venu se confier sur l’avenir de sa propriété et de son métier. Il a été particulièrement affecté par la campagne Primeurs qui vient de se terminer et de la mévente de ses vins. Ses deux plus gros clients l’ont abandonné et il a vendu un quart de sa récolte. Il veut revenir à une vendange machine et diminuer ses achats barriques. Mais je lui ai conseillé de ne pas dénigrer la qualité mais plutôt de trouver de nouveaux clients car ses prix de vente sont corrects, le vin est délicieux et il est même noté tous les ans par Mr Parker. Vendre son vin est vraiment un combat de tous les jours et cela devient compliqué pour certaines personnes.

Autre dure réalité, c’est le changement lié aux nouvelles mesures de mise en marché et le contrôle amont qui en découle : les vignes et le chai. Certains propriétaires ont tellement reculé pour investir que leur outil de travail est impossible à mettre aux normes. En Bordeaux par exemple, entre thermorégulation, pressoir, traitements des effluents, conformité du vignoble, et j’en passe, des sommes de 150 à 200 000 Euros sont à débourser. Avec un prix moyen du tonneau à 900 €, c’est impossible. Nous assistons donc à une mutation que j’avais prévu, mais pas aussi rapide. En effet, ces propriétaires deviennent apporteurs en caves coopératives ou vendent leurs vignes à des propriétés plus importantes.

Le résultat sera intéressant à observer dans les années à venir : moins d’acteurs, plus de qualité et de régularité dans les produits et des prix qui devraient monter (d’après mes lointains souvenirs de cours d’économie ça se passe comme ça !).

lundi 21 juillet 2008

C’est enfin l’été et la vie passe !

Il fait beau depuis quelques jours sur le grand Sud Ouest, ce qui permet aux viticulteurs de souffler un peu. L’état du vignoble est vraiment différent suivant les terroirs et le matériel végétatif. Sur une même propriété, certaines parcelles présentent des rendements nuls ou avoisinant le zéro et d’autres parcelles ont une vendange normale. Les cabernets présentent un rendement tout à fait correct, ceci étant du à une floraison très homogène. Par contre, pour les merlots, la situation est des plus délicates. En effet, il va falloir gérer cette abondance de rendement sur des parcelles et le manque sur d’autres. Les vendanges en vert, pour ceux qui en font, vont être difficiles à faire.

En ce moment, tout est compliqué pour notre filière. Les discussions tournent autour des augmentations de gasoil, des bouteilles, du papier qui sert à faire les étiquettes et les cartons. La mise en place des nouvelles procédures d’agrément et l’augmentation du coût de production va faire des dégâts, surtout en appellation Bordeaux ou le tonneau de vrac a du mal à décoller des 900 euros.



Mais la filière semble attentiste et l’Etat encore plus ! La dernière nouvelle venant de l’Elysée est de nature à nous rassurer : les achats pour la cave du Palais Présidentiel ont diminué de 40% en 2007.



L’état moral de notre profession et de beaucoup de Français est comment dirai-je ? désabusé. Alors on se raccroche à la nostalgie, comme on a pu le voir au Stade de France où 80 000 personnes ont célébré de manière grotesque l’anniversaire de la victoire des bleus en 1998. Le même jour, Zinedine Zidane accordait une longue interview au journal l’Equipe où il disait qu’un changement profond aurait pu venir après cette victoire car la fraternité, le respect et la fierté résonnaient haut et fort et la société aurait pu être modifiée pour faire de notre pays un pays qui va de l’avant, mais c’était sans compter sur nos décideurs qui ne l’ont pas vu ou pas voulu…

mardi 15 juillet 2008

Ca recommence !!

J’ai volontairement laissé passer quelques jours pour réagir à la décision du tribunal administratif qui a annulé le classement de Saint-Emilion.

Le sujet fait grand bruit dans la sphère viti-vinicole, mais cela n’est pas trop grave. Ce qui est dramatique pour l’image, c’est que le sujet a dépassé la sphère et le grand public se pose maintenant des questions, ce qui n’était pas le cas au précédent problème. Ce feuilleton politico-juridique est grave pour l’appellation et l’image des vins français dans le monde. On se rend bien compte de l’évolution de l’esprit entre les deux classements. Les châteaux déclassés en 1996 l’ont pris avec dignité et philosophie, ce qui est bien. Par contre, en 2006, certains châteaux déclassés l’ont très mal pris et ont cherché par tous les moyens à annuler et détruire ce nouveau classement. Pour l’instant, ils ont gain de cause, mais si le classement n’existe plus ? A quoi bon l’attaquer ? Les 2006 seront livrés avec quelle appellation ? Je suis persuadé que ce problème de classement a joué sur la mauvaise campagne primeurs de la rive droite sur le millésime 2007.

Si l’on se positionne de l’autre côté de la barrière, l’équité n’a pas été respecté pour les dégustations et pour les visites des postulants au classement. L’INAO est grandement responsable de cette mauvaise organisation. Il vaudrait mieux mettre au point un contrôle annuel avec un cabinet privé type Véritas et tout serait plus clair. C’est un foutoir ridicule et indigne d’une grande appellation qu’est Saint-Emilion.

Les châteaux qui se réjouissent maintenant feront peut-être pâle figure dans quelque temps car l’issue de cette crise va être longue.

Pour info, vous pouvez écouter l’excellent reportage du journaliste Emmanuel LANGLOIS de France Info qu’il a fait sur mon travail et l’aventure TURASAN en Turquie :

http://france-info.com/spip.php?article154859&theme=81&sous theme=153

Le classement de 1996 vient d’être revalidé ! et quid des classés de 2006 ? On marche sur la tête. C’est à ni rien comprendre ! Il fallait oser le faire…

lundi 07 juillet 2008

Bordeaux fête le vin et moi aussi !

Bordeaux a fêté le vin il y a quelques jours sur les quais et le record d’affluence a été battu : plus de 450 000 visiteurs contre 350 000 pour l’édition précédente. Cela confirme ce que je pense depuis toujours : l’oenotourisme est sous exploité sur Bordeaux et sa région. Cette différence vertigineuse de fréquentation en est la preuve. Les châteaux qui seront accessibles et qui auront cette démarche peuvent envisager de beaux jours devant eux.

Pendant ce week-end festif, j’ai été convié par Mr Alfredo RUIZ et son épouse, propriétaires du château FONCHEREAU à Montussan à deux soirées : la Fête de la Fleur et une soirée sur le bateau école de la marine mexicaine, le CUAUTHEMOC, qui est revenu nous enchanter par sa beauté et ses lignes dans notre beau Port de la Lune.

La Fête de la Fleur était superbement organisée, avec de jolies tentes installées rive droite au bord du fleuve, ce qui a permis un bel échange et des clins d’œil pendant les discours de Mrs Juppé et Cruse qui furent courts et sympas. La jet set était là et les intronisations ont été comme d’habitude émouvantes pour la plupart des récipiendaires. J’ai trouvé une ambiance détendue et cool au regard de ce qui peut arriver dans ce genre de dîner. Je pense que la personnalité de Mr Emmanuel Cruse y est pour beaucoup : le smoking n’est plus obligatoire ouf !! La magie de cette soirée est grande et les étrangers présents sont vraiment sous le charme (moi aussi d’ailleurs). La cuisine était bonne et les vins sélectionnés allaient bien avec les plats servis, mention spéciale pour le Château Montrose 1996 qui était parfait.

Le feu d’artifice tiré ensuite devant le Pont de Pierre était lui aussi très réussi. Notre table était moitié mexicaine et moitié française, et cette mixité nous a valu une soirée drôle, enjouée et plus que cordiale. Cerise sur le gâteau quand Monsieur Le Maire, Alain Juppé, est venu s’asseoir à notre table, tout sourire et chaleureux, pour discuter avec nous pendant quelques minutes.

Ensuite, le lendemain, Alfredo RUIZ nous a conviés à un cocktail sur le CUAUTHEMOC pour présenter à nouveau les vins que nous faisons ensemble à Montussan. 300 personnes étaient là et tout était parfait : le temps, les vins, les convives et ce merveilleux trois-mâts qui est somptueux. Les officiers et les marins sont d’une gentillesse rare et ont l’habitude de côtoyer des gens du monde entier (ils passent 9 mois par an en mer quand même !).

Je vous remercie, Esther et Alfredo, pour vos invitations et pour la passion que vous mettez à faire connaître ce Château, dont le terroir remarquable a été longtemps non exploité à sa juste mesure, et qui, grâce à vous, renaît à grande vitesse…

lundi 30 juin 2008

Premier bilan Turc

J’ai passé une grande partie de la semaine dernière en Turquie pour finaliser les assemblages de mon premier millésime turc en blanc et en rouge. Et aussi pour accélérer la mise en place des nouvelles plantations : « Tannat » et « Tempranillo » qui sont au programme pour les futurs millésimes. Avec Edouard Guérin qui travaille sur place en tant que Directeur et Mr Turasan, le propriétaire, nous avons mis en place pour les vendanges 2008 un programme en fonction des terroirs et des cépages à l’échelle de tout le pays.

Par exemple, certains cépages rouges seront vendangés la nuit à 400 km et amenés en camion pour être vinifiés dès le lendemain matin. C’est drôle et vraiment surprenant de pouvoir choisir à cette échelle des raisins. Edouard a fait un boulot extra en une année et s’est vraiment bien adapté. C’est toujours plaisant de collaborer avec des jeunes qui veulent bosser et qui sont passionnés par leur métier.

Sinon, pour le premier millésime en rouge et en blanc, je suis content de la qualité produite dans les cuvées haut de gamme regroupées sous le nom SENELER. Nous allons encore augmenter la qualité l’année prochaine car nous avons décrypté la complexité des terroirs et des conditions climatiques contraignantes de ce pays. Ce travail est indispensable car sans bons raisins, point de salut pour produire des vins de qualité. Je suis donc très confiant pour l’année qui vient et pour l’avenir.

Et puis, se retrouver en CAPPADOCE pour travailler est un délice. Toute cette région autour du village d’Urgüp est classé patrimoine mondial de l’Unesco (comme Saint-Emilion par exemple) pour la splendeur et la typicité de ces paysages sculptés par l’érosion et l’eau (taper Urgüp sur « Google » et vous aurez une idée de la beauté du site). Les habitants ont un sens de l’accueil incroyable et sont d’une gentillesse extrême.

Et maintenant un petit cours sur les cépages ! Vous en trouverez des connus et d’autres plus autochtones :

- en blanc : Chardonnay, Emir, Narince

- en rouge : Merlot, Cabernet Sauvignon, Okuzgozu, Bogazkere

Pour la prononciation, n’hésitez pas à demander !!!

lundi 23 juin 2008

Météorologie et sociologie


On parle constamment de changement climatique avec un réchauffement potentiel mais cette année c’est loin d’être le cas ! Le temps est morose et la pression des maladies est terrible sur certains secteurs. La pluie tombe souvent en grande quantité et empêche les viticulteurs de rentrer dans les vignes pour effectuer les traitements nécessaires pour protéger la prochaine récolte qui s’annonce faible en quantité dans pas mal de vignobles.



Cela fait trois années que le temps joue avec nos nerfs et nous n’avons pas besoin de ça, surtout pour la trésorerie de beaucoup de châteaux car les traitements renouvelés coûtent chers, très chers.

La gestation des nouvelles règles d’agrément est toujours aussi laborieuse et la mise en place me fait de plus en plus sourire : plein de détails ont du être modifiés et tout le monde est perdu ! J’ai rencontré il y a quelques temps un jeune homme qui effectue une thèse sur notre métier de conseil dans le milieu vinicole. Il a interrogé beaucoup de mes confrères avec un questionnaire type qu’il m’a soumis. Nos réponses sont assez intéressantes : notre métier est passionnant mais nécessite une santé de fer et une organisation des plus sérieuses. La quantité d’éléments à traiter pendants les vinifications et la complexité de notre métier nous posent à tous un stress qui fait dire à certains que c’est un métier que l’on ne peut pas faire trop longtemps. Nous sommes tous d’accord que de vinifier un « Top Cru » est quand même une belle récompense et accélère la notoriété du consultant.

Je rentre juste de Turquie ou des journalistes sont venus découvrir les vins que je fais là-bas, les paysages et la vie en Cappadoce.

La Fête du Vin à Bordeaux arrive à grands pas et je suis content car pour la première fois de ma vie, je suis convié à la fête de la Fleur. Il me tarde de voir comment cela se passe !

Et enfin, une bombe à découvrir d’urgence : le château de PRESSAC 2005 AOC Saint-Emilion Grand Cru.

Vous allez vous régaler, c’est une très belle bouteille !!

lundi 16 juin 2008

Le temps, les réformes, la gestation : c’est compliqué !

Tout d’abord une adresse sympa de blog avec plein de tuyaux http://zinzinsduzinc.over-blog.com où vous pourrez trouver des restos et des bars à vins un peu partout en France ! Plein de découvertes et de bons plans.

La nouvelle organisation des agréments est poussive et la surprise est permanente car rien n’est finalisé. Rendez-vous compte, les textes de loi doivent être appliqués dans maintenant 20 jours et c’est le flou artistique le plus complet. La nouvelle procédure a l’air simple mais l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine contrôlées) n’a pas l’air décidé à laisser son rôle de contrôle partir vers les organismes mis en place par les syndicats viticoles. C’est un peu lourd à gérer pour nous car les données changent toutes les semaines et il faut s’adapter : une chose vraie le lundi, ne l’est plus le mardi.

Cela fait longtemps que nous n’avons pas vu un temps aussi épouvantable au mois de juin et pour certains, les dégâts dû au mildiou sur grappes sont bien visibles et la récolte devrait être peu abondante pour les viticulteurs qui sont dans ce cas.

La floraison est en cours ou terminée pour les merlots et les cabernets francs, mais la vigne n’est pas belle, le feuillage est pâlichon et elle souffre d’un manque de chaleur et d’un excès d’eau. Ce millésime part sur des bases compliquées mais le millésime 1998 était aussi parti sur ces bases et finalement il s’est révélé très bon. Affaire à suivre !!

Au niveau de la campagne des primeurs, les crus qui sortent maintenant font des affaires moins bonnes que ceux sortis au début de la campagne. La campagne s’essouffle malgré un effort sur les prix fait par les derniers châteaux sortis.

Le business est parfois difficile à suivre !

lundi 09 juin 2008

L’Amérique ! Ah l’Amérique !!!

Je suis rentré de mon périple californien et je suis rempli de réflexions et de questionnements. J’ai été invité dans la Napa Valley pour participer à des conférences techniques concernant les vinifications et la présentation de nouveaux produits œnologiques. Les journées étaient agrémentées de dégustations et de visites de cuviers.

Les deux vallées principales que sont la Napa et la Sonoma Valley sont magnifiques. Elles se distinguent par la diversité de la construction des wineries mais aussi par le décor naturel, où les coteaux jaunis par le manque d’eau et les vignes vertes forment un contraste à la fois saisissant et splendide.

Au cours des conférences et des dégustations, j’ai noté que le niveau technique et œnologique des winemakers (littéralement, les faiseurs de vins) n’était pas des plus élevés. Les échanges étaient très intéressants. Les questions qui m’étaient posées étaient pleines de bon sens et d’envie. Malgré tout, j’ai été surpris à plusieurs reprises par les lacunes et le côté nature de leur métier. En effet, la plupart des vins ont des degrés d’alcool très élevés (supérieur souvent à 16%) et ils laissent souvent leurs vins en barriques plus de deux années (ce qui est très long). Les vins présentent souvent des finales de bouches sèches dû à l’élevage plutôt long et des nez phénolés dû à des contaminations liés à des problèmes fermentaires au regard des degrés potentiels. La plupart des winemakers veulent revenir en arrière en privilégiant le fruit et la fraîcheur mais l’impossibilité d’obtenir des tanins mûrs avec des degrés bas est réelle. Je pense que la conduite du vignoble est à revoir et l’apport en eau également.

J’ai goûté des sauvignons blancs magnifiques, surtout dans la Sonoma valley et les rouges sont tous des monstres de puissance : gros degrés, boisé marqué et beaucoup de tanins.

Le prix des vins m’a fait tourner la tête. Imaginez : la moindre bouteille de qualité est à 30 dollars (environs 20€) et les vins connus dépassent allégrement les 100 dollars. De plus, ils vendent tout !!

Autant nous avons beaucoup à leur apprendre en œnologie autant ils ont à nous apprendre en marketing et en commerce. Il n’y a rien à dire : chapeau bas et félicitations.

Chaque winery a son magasin et sa visite guidée des cuviers ainsi qu’un espace barbecue et détente. Des centaines de voitures sillonnent chaque jours les routes pour des dégustations et des achats. Quelle réussite ! Je vous donne deux chiffres : 19.7 millions de visiteurs et 2 milliards de dollars de chiffre d’affaire pour la Californie avec l’oenotourisme. C’est époustouflant ! Depuis que je suis rentré, une question m’obsède : La France est au centre de 300 millions d’habitants et l’oenotourisme commence à peine. Pourquoi avons-nous autant de retard ? Peut-être parce que nous avions une idée faussée du vin où le luxe devait rester caché. Et le rêve que les propriétés de toute sorte, surtout les plus prestigieuses, s’organisent pour accueillir, faire déguster et vendre leurs vins sur place serait tellement d’actualité et si bien pour notre pays !! Des initiatives comme la winery de Mr Raoux ou les idées de Mr Magrez devraient se multiplier et être supportées. En Californie, le célèbre gouverneur fait de la publicité en disant « vous reviendrez » (clin d’œil à Terminator) ? Et chez nous ?

lundi 02 juin 2008

La Californie !

Je suis actuellement en Californie, invité pour participer à des conférences données aux winemakers californiens sur les nouvelles techniques de vinification (je sais, vous allez encore dire que c’est de l’évasion non pas fiscale mais de technologie !). Je parcours toute la Napa Valley et la Sonoma qui sont les régions qui produisent les vins les plus qualitatifs des Etats-Unis. Rendez-vous la semaine prochaine pour un débriefing de ce voyage…

Jacques Dupont a sorti son numéro Spécial Vins du Point. C’est comme d’habitude : clair, analysé et précis. Si seulement tous les journalistes faisaient le même boulot, cela serait le rêve. Il a son goût et cela se ressent.

Je suis content : sur la rive droite, trois coups de cœur figurent parmi sa liste :

M. Luquot à Pomerol avec son Château Guillot, homme charmant et discret avec qui j’ai plaisir à travailler.

Alain Moueix avec le Château Fonroque où nous nous enrichissons mutuellement et çà c’est top !

Alexia et Pierre Bouyer avec le Château Clos de la Cure en Saint-Emilion Grand Cru qui est de mieux en mieux et qui est une des plus belles réussites de Saint-Emilion sur ce millésime difficile.

Je suis content pour eux car le travail paye, et puis Jacques ne parle jamais des consultants, et il a souvent raison (relisez un de mes textes précédents) mais bon je suis quand même fier de vous dire qu’une grosse majorité de vins sélectionnés par le Point sur la rive droite était conseillés par ma pomme.

Au fait, par rapport au texte de la semaine dernière, je me suis vu contrait d’annuler une assurance que nous avons au laboratoire pour du bris de matériel . On ne sait jamais, si les remboursements et les contrats ont la même valeur que la parole des directeurs des propriétés rachetées, mieux vaut être prudent !

Mieux vaut rire de tout cela.

lundi 26 mai 2008

Les aléas d’une propriété en vente…

Le problème des changements de propriétaires est souvent une source de tracas et de profondes désillusions qui engendre souvent une restructuration de la propriété qui peut-être fait avec élégance ou au contraire avec brutalité. Par exemple, je suis en train de récupérer une propriété suivi jusqu’à lors par Michel Rolland et le changement se fait tout en douceur.

Cette histoire m’a perturbée pendant de longues nuits. Je vais vous la narrer : un cru de Pomerol change de mains et devient propriété d’un assureur italien également sponsor de voile au long cours. Je suis convoqué par le nouveau directeur, jeune, courtois et manifestement au courant de notre métier. Il me raconte qu’ il se donne un an pour observer mon travail et après, il avisera. Il me demande de lui proposer un plan d’investissement pour les années à venir, ce que je fais.

Et puis, un mois après, juste avant la sortie Primeur, il me téléphone un peu embarrassé pour me dire qu’un autre consultant va s’occuper du 2007 dès maintenant et que notre collaboration allait donc s’arrêter là. La parole donnée un mois avant ne vaut donc rien !

Il a juste oublié de voir que le cru montait depuis trois ans, date à laquelle je l’avais récupéré. J’espère juste que ce brave directeur n’est pas un directeur fantôme recevant des ordres… vu ce qu’il s’est passé, j’en doute !

Il s’est trompé, il m’a trompé et je pense qu’un jour nous nous reverrons, comme il me l’a si gentiment dit.
Le vin est un microcosme où tout le monde se retrouvera un jour.