Le blog de Stéphane Toutoundji, œnologue conseil à Libourne, Gironde

Un œnologue bordelais se met à table : finie la langue de bois, le verbiage compassé et la valse des étiquettes. Ras la bouteille des prix déments, des « petits » châteaux qui se battent pour produire d’excellents vins dont on ne parle jamais. Marre des gourous dégustateurs qui font et défont les tendances du marché sans sortir des sentiers battus. Parce que le vin est le fruit d’un travail acharné avec une seule ambition : celle de faire plaisir. Ce blog a pour objectif de parler vrai, de raconter le plaisir simple, évident, qu’il y a à boire un verre de vin. Et de faire partager mes découvertes et mes coups de cœur, loin des modes. A la vôtre !

Stéphane Toutoundji

E-Mail :contact@stephane-toutoundji.com

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lundi 05 mai 2008

Question de fond !

En lisant les nombreux articles de la presse spécialisée, il me vient souvent une réflexion que je voulais vous faire partager. Comparons nos impressions avec d’autres secteurs d’activités professionnels comme la mode ou l’architecture (tous ces métiers où l’on touche à des notions de jugement et de critiques assez subjectifs) !

Par exemple, j’ai lu le dernier numéro de la RVF (Revue du Vin de France) de fond en comble pendant mon dernier voyage en TGV pour Paris. Ce mensuel décrit dans le détail les primeurs 2007 et propose tout un dossier sur le millésime 2004 de la Rive Droite. J’y ai lu avec intérêt que le Château La Serre était une des grandes réussites primeur et dans le sujet concernant le millésime 2004, deux des vins les plus appréciés étaient le Château Arnauton en appellation Fronsac et le Château La Roche Pressac en appellation Côtes de Castillon.

En analysant les commentaires, il se trouve que l’on parle souvent du propriétaire ou du conseil de ces châteaux mais pour ces trois vins, il n’y a pas un mot sur l’un ou l’autre (l’autre étant moi, vous l’aurez compris !). Cette question m’a alors poursuivi pendant une grande partie de la journée : à partir de quand et de quels critères un journaliste enquête pour découvrir un nouveau nom, faire le lien entre plusieurs châteaux de plus en plus appréciés ? Pas facile de savoir…

Tout être humain ne veut pas être célèbre mais simplement reconnu pour la qualité de son travail. J’attends avec impatience vos commentaires !

lundi 28 avril 2008

Dégustations et concours

Le week-end dernier s’est déroulé le Concours mondial des vins de Bruxelles auquel Bernard Sirot m’avait cordialement invité. Je n’avais jamais participé à celui-ci et je peux vous dire que j’ai été surpris par la qualité et le sérieux de l’organisation. Les concours sont intéressants pour les viticulteurs, pour leur notoriété et pour leur apporter une certaine reconnaissance technique et commerciale.

L’intérêt d’être juré dans un tel concours est que vous vous baladez sur la planète entière sans quitter votre siège. En effet, des séries d’une dizaine d’échantillons s’enchainent trois matinées de suite à un rythme soutenu mais agréable. Mon jury était composé d’un sommelier québécois, d’un œnologue portugais et de deux sommeliers belges très connus. Notre jury était parfaitement calé et la dégustation s’est déroulée dans le sérieux décontracté. Au niveau des dégustations, elles se déroulent totalement à l’aveugle avec un système de notation efficace et rapide. Certains concours français devraient en prendre de la graine ! Après la matinée de dégustation, le Président du jury nous dévoile le pays dégusté dans chaque série ainsi que le nom des producteurs.

Au niveau des vins, nous avons eu des blancs secs grecs, des riesling du Luxembourg, des rioja, des chiliens, des champagnes et des graves rouges. Ce qui est intéressant pour moi dans ces dégustations, c’est d’appréhender le style de vin produit dans le pays. Par exemple tous les vins chiliens avaient des nez très marqués par le cassis et des boisés très présents. Les rioja étaient souvent assez secs avec des notes de vieux bois. Mais le pire était les deux dégustations de champagne et de graves. Les champagnes avaient évolués sans charme et l’horreur était à venir… La dégustation des vins de Graves 2006 était catastrophique : les vins étaient végétaux avec des boisés nuls.
C’est dans ce genre de circonstances que l’on se rend compte de la faiblesse de certaines régions : je me suis mis un instant à la place d’un acheteur étranger qui goute la même série que nous : il ne peut rien acheter. Certaines appellations ont décidément des progrès à faire !

Je vous annonce que la version anglaise sera bientôt disponible pour mon blog. An english version will be avalaible very soon ! Be ready

lundi 21 avril 2008

Dame nature a sévi !

La semaine dernière a été marquée par des gelées dont nous commençons à voir les conséquences à la fois sur les vignes mais aussi sur le moral. Certaines parcelles ont été touchées, notamment dans le bas de Saint Emilion et le nord Médoc. Heureusement, les contres bourgeons vont permettre de récupérer une partie de la récolte même si ces bourgeons secondaires sont bien moins qualitatifs. J’ai aussi une pensée pour les viticulteurs du Muscadet qui ont perdu toute ou partie de leur récolte. Décidément, la nature prend toujours le dessus.

Sinon, les notes de dégustations continuent de sortir sur le millésime 2007. Les commentaires de tous les dégustateurs font apparaître une grande disparité et il ne ressort aucune tendance majeure, ce qui est fort dommage car ce millésime mérite des avis plus tranchés. Les propriétaires des châteaux et les conseillers techniques ont émis des choix et des options assez nettes au cours de ces dégustations, mais la presse ne semble pas avoir perçu la tendance.

La première sortie primeur a eu lieu avec la sortie du Château Filhot. Grand millésime à Sauternes, cette propriété s’est permis d’augmenter ses prix. Même si la plupart des négociants ne sont vraiment pas optimistes sur une augmentation des prix pour cette campagne, les propriétaires ont toujours une bonne raison de le faire !

C’est un peu comme dans mon métier : les conseils qui veulent s’implanter et se développer sont de plus en plus nombreux. Sur certaines propriétés, je suis en concurrence avec trois ou quatre conseils. C’est une tendance qui se confirme même si certains promettent plus qu’ils ne peuvent tenir…

On en revient finalement à la nature, même si la nature humaine est beaucoup plus complexe car elle n’est pas régie par les mêmes règles.

lundi 14 avril 2008

Place au commerce

La semaine des primeurs est terminée. Alors maintenant il va falloir penser aux objectifs commerciaux en espérant que ce millésime qui ne sera certes pas un « grand millésime » soit tout de même apprécié pour ses quelques trésors cachés… A ce jour, voici ce que l’on retrouve dans notre région :

- les liquoreux type Sauternes et Barsac sont cette année une réussite comme par exemple : Guiraud, Coutet, de Malle...

- les blancs sec de Pessac-Léognan sont également bons.

- les vins de la Rive droite sont assez hétérogènes mais Pomerol est très bon en général et sur Saint Emilion, c’est un vrai panaché ! Il va falloir suivre les conseils des dégustateurs et les prix pratiqués.

- les vins de la Rive gauche comme les Pauillac sont en général secs en finale avec une longueur moyenne. L’appellation la moins intéressante est certainement Margaux, avec une qualité très moyenne. Les meilleurs équilibres sont sur Saint-Estèphe et Saint-Julien avec de très belles choses.

- comme tous les ans, l’appellation oubliée dans les commentaires de tous les critiques est Fronsac, je suis désespéré car certains vins sont grandioses et personne n’en parle.

Ensuite, dans ma semaine très agitée de dégustation, je me suis rendu dans plusieurs châteaux et voici quelques anecdotes : Chez Jean-Luc Thunevin au Château La Dominique, l’accueil était très serein et la qualité des vins et des propriétaires étaient bien au-dessus de la moyenne. Cet homme a une gamme de fournisseurs charmants, posés, abordables et amoureux de leur métier et ça, c’est beau !

Un nouveau groupe de Saint-Emilion s’était installé au Château Pas de l’âne chez Arnaud Delair. Là aussi, la qualité des vins et l’accueil étaient parfaits. A suivre car comme ils disent : « la qualité du vin c’est leur dada » !

Ensuite, une visite incontournable au Château Fonroque pour la dégustation des vins Bio du groupe Biodyvin : les vins sont souvent superbes et j’ai trouvé trois perles : Josmeyer en Alsace (déjà connu) et deux vins moins connus qui méritent haut la main de l’être : Montirius Vacqueyras le Clos à Sarrian (tél : 04 90 65 38 28) et le Domaine Les Bruyères Les Croix en Croze Hermitage (tél : 04 75 84 74 14)

Pour finir, j’ai été invité par le négociant Yvon MAU pour faire partie du jury pour le Grand Bi d’Or (sélection de lots pour leur marque Prémius). Très bonne organisation et le niveau des lots de Bordeaux était très bon. C’est encourageant !

lundi 07 avril 2008

REFLEXIONS POST-PRIMEURS 2007

Comme tout le monde, j’ai mon goût qui n’est pas le même que Pierre, Paul, Jacques ou Bob (au hasard) et j’ai humé, senti et dégusté la plupart des primeurs en 2007. Le résultat est surprenant comme en 2001. D’abord, je voudrais rendre hommage à Mr Bernard Magrez qui faisait goûter son vin au château La Tour Carnet en personne et le mot prend tout son sens. Tout était organisé pour que vous vous sentiez bien : les hôtesses étaient plus que charmantes, la cuisine avait l’air superbe... Ensuite, vous aviez droit à une coupe de champagne en quittant la salle de dégustation. Le plus important dans cette histoire est que cet homme, à son âge et après toutes ces belles réussites, se tienne debout pendant des heures pour faire goûter son vin, il n’y a qu’un mot à dire : chapeau bas ! Beaucoup de propriétaires devraient en prendre de la graine. Ces dégustations sont devenues impersonnelles et au moment où l’oenotourisme doit se développer en Gironde, des efforts sont encore à faire. A entendre beaucoup de personnes, les Crus, surtout les premiers, reçoivent de manière quelconque et les acheteurs sont un peu déboussolés car ils s’attendent à du prestige et du haut de gamme.

Le millésime est comme 2001, meilleur sur la Rive droite que sur la Rive gauche. Personne ne peut me dire que les Cabernets sauvignon étaient mûrs après ce que j’ai dégusté mercredi dans le Médoc. Même si le marché primeurs et les gros volumes sont régis par celui-ci, cette année si vous voulez acheter des primeurs, tournez vous vers Pomerol où tout est globalement bon (à part Petit-Village qui est encore une fois passé à côté de son sujet).

Maintenant, il faut attendre les prix…
Sur la Rive gauche, c’est difficile. Margaux est l’appellation la plus sinistrée de tout le Médoc. Les vins sont fluides et manquent de matière. Seuls Rauzan-Ségla, Lascombes et Durfort-Vivens présentent des choses intéressantes.

Pour le reste des vins du Médoc, Saint Pierre est pour la deuxième année une de mes découvertes, c’est très bon. Les deux Léoville Barton et Poyferré sont aussi bien réussis. Poujeaux est comme souvent très bien fait. Quand au reste, c’est pas génial, les exemples étant Croizet-Bages et Gruaud Laroze qui sont passés totalement à côté de leur sujet.

La dégustation au château Fonroque de l’association Biodyvin était passionnante. Quand à la dégustation au château la Dominique organisée par JL Thunevin, c’était intéressant comme d’habitude. Je vous en dirai plus sur ces deux dégustations la semaine prochaine.

mercredi 02 avril 2008

The Wine Spectator !!! Quelle horreur

Les notes du Wine Spectator sont sorties hier et il y a un gros problème.Mr James SUCKLING a noté les vins d'une manière qui ne peut pas être intègre. Il a mis des notes qui frisent le ridicule. Le millésime 2007 est particulier à goûter et à appréhender certes! Mais il faut respecter les vignerons , maîtres de chai et propriétaires qui ont enfanté ce millésime si difficile et un dégustateur éclairé verrra bien que certains vins sont de belles réussites et correspondent exactement à ce que le consommateur recherchera d'ici 4 à 5 ans. Alors , pourquoi noter les vins si faiblement ?? La parité dollar €uro l'y incite, mais quand même! Il faudrait que les châteaux du Bordelais arrivent à s'entendre (comme le font certaines autres professions) pour remettre à sa place ce genre de journaliste.Ne pas lui faire goûter un millésime futur en primeur peut être une idée . Mr Robert Parker ne pourra pas aller aussi loin dans la mascarade car il va apprécier des vins qui le méritent!! Enfin j'éspère.L'intégrité d'un journaliste consiste à comprendre et assimiler l'ensemble d'un sujet, messieurs , comprenez le 2007 à Bordeaux car certains vins le méritent.

mardi 01 avril 2008

LE TEMPS DES PRIMEURS

La semaine de présentation a commencé hier sous un temps pluvieux.Tout d'abord , je veux clarifier un point : les échantillons primeurs ne sont pas trafiqués , il faut juste trouver le bon assemblage issu de la propriété à l'instant T qui pourra permettre à l'acheteur de décider si ce vin peût vieillir et répond à ses attentes en terme de qualité.Dans notre clientèle , il n'y a pas de triche ou de falsifications, cela est clair!! Cette année , le millésime est très complexe car les lots se goûtent de manière différente d'une semaine sur l'autre.Le millésime est toujours sur une réduction marquée et les assemblages sont très difficiles à réaliser. Ce que je dis dans mon billet d'hier se confirme: il y a de très bons vins comme certains que j'ai dégusté hier dans ce beau château LAROZE où l'association des crus classés de Saint Emilion s'est installée: La Clotte, Fonplégade, La Serre , Haut Sarpe, Soutard et l'Arrosée s'en sortent très bien avec une mention particulière pour les deux premiers.Par contre , les vins issus de raisins vendangés très tardivement ne sont pas particulièrement réussis. Ce n'est pas du tout mon goût. Certains autres ont compris la limite de leur terroir dans ce millésime et ont fait des vins très élégants: Château Grand Corbin Despagne et Corbin en sont le parfait exemple. Ensuite j'ai été goûté au Cercle Rive Droite qui a déménagé. Le lieu est plus intimiste mais l'accés est nul , il faut se garer loin et marcher dans la boue, cela ne me dérange pas , mais d'autres peut-être. La dégustation y est intéressant: deux vins m'ont enchantés : Château Haut Carles qui est encore une fois délicieux et château Clos Chaumont qui est bien réussi( D'autre sont superbes mais j'en parlerai à la fin de la semaine) Aujourd'hui , je reste rive droite et demain je vais goûter la rive gauche avec une attention particulière pour les Médoc qui sont souvent plus difficiles à appréhender en primeurs que les vins de la rive droite (question de cépage sans doute) mais qui sont toujours intéressants au niveau technique pour la compréhension des terrois en fonction du millésime.

lundi 31 mars 2008

La semaine des primeurs : victime de son succès !

L'intérêt des propriétaires et des clients ne baisse toujours pas pour cette manifestation. Même si la liste des dégustations s'allonge d'année en année, elles sont prises d'assault. Voici le planning des réceptions :

- L’Union des Crus Classés reçoit dans les châteaux suivants : LARRIVET HAUT BRION, LA TOUR CARNET, LA COUSPAUDE, LASCOMBES, PETIT VILLAGE , PONTET-CANET, DESMIRAIL

- L’Association des Crus Classés de Saint-Emilion reçoit au Château LAROZE à Saint-Emilion

- Le Cercle de la Rive Droite des Grands Vins de Bordeaux reçoit au Château CLOS des JACOBINS

- Jean-Luc Thunevin reçoit au Château LA DOMINIQUE avec comme d’habitude une belle sélection de vins

- Alain Moueix refait une dégustation au Château FONROQUE avec l’association BIODYVIN : plusieurs vins bio de la France entière seront présents

- Pomerol Séduction reçoit au Château ROUGET avec une belle sélection de pomerols

- Un nouveau groupe de propriétaires de Saint-Emilion reçoit au Château PAS DE L’ANE

- Stéphane Derenoncourt reçoit cette année au Château LA GAFFELIERE avec l’AGRAPPE

- L’Envers de Bordeaux reçoit chez Catherine Papon à Saint-Emilion avec des vins issus de plusieurs appellations bordelaises

Véritable course contre la montre, il va falloir que les clients et amateurs éclairés fassent des choix face à ce programme très chargé.
J’ai déjà goûté une grande partie des vins qui vont être proposés à la dégustation sur la Rive Droite et certaines tendances se dessinent : Pomerol présente des vins très homogènes et de belle facture, les vins sont nets, précis et très élégants. Sur les autres appellations, il y a trois styles :

- des vins fluides sur le fruit avec un boisé léger causé par des vendanges très tardives.

- des vins avec une extraction énorme et un boisé qui l’est aussi, le résultat n’est pas bon du tout.

- des vins équilibrés dans la matière et le boisé qui offrent une belle vision du millésime. Ouf, un millésime sauvé des eaux !

De toutes façons toutes ces pré-dégustations sont une sorte de « phase-test » qui permet aux propriétés de se recadrer et d’être en forme pour cette belle semaine. Un peu comme les mannequins avant les défilés haute couture : un cocktail de Power Plate, de salade, des coupe-faims légaux et illégaux pour être la star sur les podiums… !

Bonne dégustation à tous.

mardi 25 mars 2008

Un peu d’autosatisfaction ne fait pas de mal !

Clarifions la situation : normalement je ne me sers pas de mon blog pour faire ma promotion mais aujourd’hui j’en ai envie et j’ai surtout envie de faire la part belle à mes clients ! Les résultats du Concours Général Agricole ont été révélés début mars et beaucoup de mes clients ont remporté des médailles.

- DOMAINE DU GOUYAT BLANC 2007 en AOC Bergerac, médaillé d’or au Concours Général Agricole de Paris pour un prix tout petit : 4,20 € TTC (Tél : 05 53 82 48 31). Idéal pour les amateurs d’un bon vin blanc sec à l’apéro !

- Château LAFON LA TUILERIE 2005 en appellation Saint Emilion Grand Cru distingué par le Wine Spectator avec une note de 91/100. Justice est faîte pour le travail que Pierre Lafon se donne pour faire un grand vin. Et en plus, c’est toujours mieux d’avoir des bons commentaires sur des vins en bouteilles.

Autre sujet du moment : les primeurs ! La nervosité est de mise dans le sérail bordelais car les primeurs arrivent à grand pas. Je pense que l’appellation Pomerol va nous réserver de grandes et magnifiques surprises. Je vais essayer de vous faire partager ce moment fort en émotion en mettant en ligne davantage de billets pendant ces quatre jours. J’espère que cette campagne de primeurs mettra à l’honneur la notion de « rapport qualité/prix » même si le taux de change dollar/euro et le contexte mondial ne vont pas aider les négociants à faire une campagne sereine.

Info de dernière minute : le site Internet marchand www.wineandco.com fait gagner un lot de 1 000 € de grands crus. Il suffit de découvrir le vin mystère qui fait l’objet de « la vente du siècle » qui aura lieu le 17 avril. L’adresse du site du jeu-concours est www.laventedusiecle.com. En ces périodes de pouvoir d’achat en berne, c’est un beau cadeau !

mardi 18 mars 2008

Secrets de chai

La semaine dernière a été agitée : les présentations primeurs avancent à grand pas et l’effervescence monte en puissance. Il faut que l’étalon soit le plus en forme possible dans deux semaines et cela nécessite un travail pointu et constant. J’ai fait une dégustation comparative à 4 mois d’élevage dans un cru classé de Saint Emilion. Le cérémonial est toujours le même : les commerciaux de chaque tonnellerie sont présents et la dégustation se passe à l’aveugle. Les écarts sont souvent importants et il est très amusant de voir chaque dégustateur ne pas trop s’engager de peur de découvrir que le lot qui est mauvais est issu de ses barriques ! La langue de bois est de mise. Les seules personnes libres dans ce genre d’exercices sont souvent le maître de chai (ou le propriétaire) et moi-même. Une chose est sûre : la qualité des barriques joue beaucoup sur la qualité du produit final.

Je tiens également à adresser un petit message à mon confrère Denis GALABERT qui m’a fait remarquer que je ne devais pas tenir des propos apte à dénigrer la profession, conformément au serment des œnologues et à l’article 2. Tout ceci vient de mon article sur les propriétés de l’Entre-deux-Mers qui hésitent à dépenser de l’argent. En lisant bien ce billet du mois de février, il verra bien que le métier d’œnologue n’est en rien remis en cause. Bien au contraire, je défend à chaque fois que je le peux ma profession, et elle en a bien besoin ! Les jeunes diplômés sont sous-payés et on laisse des vinificateurs sans le titre d’œnologue l’utiliser en toute impunité. Nous ne pesons pas lourd dans le secteur viti-vinicole…

A bon entendeur salut !

lundi 10 mars 2008

Rencontre à la chinoise

J’ai enfin rencontré le PDG du Château Latour Laguens dans l’Entre-deux-Mers, à quelques kilomètres de Sauveterre de Guyenne. Figurez-vous que ce PDG est une très jeune femme chinoise de 28 ans prénommée Daisy. Discuter avec Daisy et ses collaborateurs est un réel enrichissement personnel et professionnel. Pour faire un rapide descriptif de nos confrères chinois : les notions de terroir et d’appellation sont mal connues chez eux, la notion de cépage est très évocatrice et la passion du vin est la même que chez nous. Ensuite, ils attachent beaucoup d’intérêt à ce que le nom du cépage soit mentionné sur l’étiquette. Et enfin, ils sont très influencés par les vins de la Californie et de la Napa Valley.

Notre réunion à la propriété a été très constructive car les quantités et les gammes ont été validées en très peu de temps, guidées par un marketing poussé et une commercialisation déjà prête. Autre chose passionnante dans ce projet : la rénovation du vignoble et du cuvier qu’ils veulent faire le plus rapidement possible (c'est-à-dire pour les vendanges 2008). Le projet est de concevoir un cuvier entier en collaboration avec des architectes pour vinifier le millésime 2008 : cela fait bien longtemps qu’un projet comme cela n’était pas né dans une propriété. Je vous tiendrai informé de l'état d'avancement de ce chantier à l'aide d'un reportage photo… !

Une fois rénové, ce château sera la vitrine du groupe au niveau mondial. Malgré les jalousies de certains, l’investissement de ce groupe chinois est positif à la fois pour la région bordelaise, pour la commune et va ressusciter la belle endormie.

lundi 03 mars 2008

Réactions et trésors de la dégustation !

Mon billet sur la sommellerie a engendré beaucoup de commentaires et le débat reste éternel entre l’inné et l’acquis. Ce qui est sûr, c’est que certaines personnes sont plus douées en mémoire et en répétition, d’où le succès de certains en dégustation. L’entraînement est très important mais le goût développé au moment de l’enfance est primordial. Par exemple, si votre enfance est marquée par des saveurs sucrées, vous y serez moins sensibles ensuite, et c’est pareil avec les autres saveurs. Ce matin j’ai fait un assemblage pour un Cru classé et l’accord vin-bois était parfait en enlevant un petit lot de barriques. Cela nécessite peut-être un don mais surtout beaucoup de travail, croyez-moi… !

L’autre jeu consiste à faire déguster les vins à l’aveugle dans des dîners et dans des déjeuners. Les surprises sont souvent colossales : les vins de la Rive gauche sont souvent plus respectueux d’un style et de leur terroir. Par exemple, j’ai goûté dernièrement un château Tour Haut Caussan 2001 et château Haut Marbuzet 2004 qui sont facilement reconnaissables. Par contre, sur la Rive droite, les pièges sont nombreux et les vins sont souvent difficilement identifiables. La preuve, je me suis fait piégé il y a un petit moment par une bouteille de château Grand Pontet 2006. Il est impossible de placer ce vin dans son appellation tant il est boisé et tant sa matière l’éloigne de ce que l’on s’attend à percevoir en dégustation pour un vin de la Rive droite. Ce genre de vin atypique nous plante en dégustation à l’aveugle, mais que doit on penser d’un anglais qui achète ce vin en s’attendant à retrouver des bons arômes de merlot avec un boisé adéquat ?!

A méditer…

lundi 25 février 2008

A mon père

Mon père nous a quitté la semaine dernière après une longue maladie pour ne pas parler de cancer. Je veux juste lui rendre hommage car il m’a transmis des valeurs d’honnêteté, de courage et de travail que je porterai en moi toute ma vie. Aussi, je vais vous raconter comment il m’a fait connaître le vin... Lorsque nous habitions en Alsace, il m’emmenait régulièrement à Riquewhir et le long de cette merveilleuse route des vins qui fait la beauté de cette région. Il me faisait visiter des cuviers et des chais où je pensais plutôt à faire des bêtises qu' à écouter ! Chez moi, je voyais des bouteilles de Kiravi ou de Vieux Papes la semaine et le week-end il posait religieusement sa découverte : des Bourgognes, des Beaujolais mais jamais de Bordeaux .

Ensuite, sa vie professionnelle l'a conduit à Bordeaux et c'est à ce moment là que j’ai commencé à découvrir la beauté de cette région, les châteaux et les vins. Le rituel du dimanche avait changé, mon père ne buvait plus, il s’était mis à déguster ! Pas des crus prestigieux car il n’avait pas les moyens financiers mais des Bordeaux, des Premières Côtes de Blaye et des Médoc qu’il qualifiait souvent comme des trouvailles, achetées sur les conseils d’un ami. Il pensait que le Mouton Cadet était le second vin du Château Mouton Rotschild, et cela nous a fait bien rire quelques années plus tard. Et puis j’ai intégré l’institut d’œnologie en 1988, papa avait 58 ans et j’ai commencé à lui faire découvrir des vins et des lieux. Je me rappelle de sa première visite au château Angélus pendant mon stage en 1988 et de son regard envieux et fier. Ensuite quand j’étais au château Cote Montpezat, il venait régulièrement voir les vendanges, les vignes et goûter les vins. Et puis son œil brillait quand je lui servais un grand vin et c’était un plaisir pur et émouvant de le voir déguster du château Palmer ou du château Margaux. Il y a un mois et demi, pour son dernier repas de Noël, je lui ai servi un Château Léoville-Poyférré de l’année de naissance de son petit-fils (1999) et il a longuement savouré ce verre, sachant que c’était l’un de ses derniers...

lundi 18 février 2008

Sommelier : le titre de Champion du Monde est la clé du business !

Je suis assez déconcerté par l’effervescence qui se passe autour du titre de meilleur sommelier du Monde. Philippe Faure-Brac avait ouvert le bal il y a quelques années suivi par Olivier Poussier qui a amplifié le phénomène. C’est un peu comme les footballeurs de l’avant et ceux d’après Coupe du Monde 1998. Avant on leur demandé de taper dans un ballon pour un peu d’argent et après on leur a demandé de se laver les cheveux avec tel shampooing et en jonglant avec un ballon pour beaucoup d’argent. La dérive était enclenchée.

On retrouve cette dérive chez les sommeliers primés pour qui ce titre est une véritable clés du succès. Les deux derniers Champions du Monde en titre ont compris le système en mettant à profit leur succès. Résultats pour le premier : deux restaurants, un sur la Côte Méditerranéenne et un à Paris. Pour le deuxième : des dégustations partout dans le Monde. Face à cette médiatisation importante, le rôle initial d’un sommelier est perdu. A croire qu’être dans un restaurant et permettre aux clients de jouir de beaux vins en adéquation avec de bons plats ne fait plus rêver.

D’autant plus, que c’est un titre acquis après un parcours initiatique plutôt rapide car c’est l’entrainement qui prime sur le reste. Pour être bon en dégustation, il suffit de goûter les vins et de les regoûter encore et encore. Pour reconnaître un grand Montrachet ou autre, il suffit de le déguster et de le mémoriser, c’est tout !

Je respecte cette formation mais la médiatisation outrancière est néfaste : faire d’un inconnu une star de la dégustation du jour au lendemain est dangereux et mauvais car certains dégustateurs et critiques goûtent divinement bien et n’ont aucune couverture médiatique. A méditer…

lundi 11 février 2008

Au fil de mes dégustations…une réflexion m’est survenue !

Clos Badon 2004, produit par Jean-Luc Thunevin. Un vin de Saint-Emilion comme je les aime ! Fraîcheur, boisé fondu, plénitude. Challenge remporté pour ce millésime encore peu mûr. C’est en dégustant ce vin de qualité que ma mémoire m’a renvoyée au premier millésime de Château Valandraud, c’est à dire le millésime 1992 en fin d’élevage début 1994. Une fois de plus, j’ai été séduit à la fois par la réussite de ce vin et par l’homme qui le produit.

La réussite de ce compatriote me ramène à une réflexion que je voudrais vous faire partager. Ne pensez-vous pas comme moi que certains viticulteurs ont un certain complexe d’infériorité ? Je suis toujours surpris et tristement surpris que certains propriétaires de la région de l’Entre-deux-Mers et de l’appellation Bordeaux en général soient complexés par rapport aux grandes appellations. Et lorsque j’aborde le thème de l’investissement, ils coupent court à la discussion en prétextant un manque de moyens financiers. J’essaie petit à petit de faire rentrer dans les mœurs que les investissements financiers et humains sont indispensables pour être compétitifs sur ce marché. La plupart du temps, les viticulteurs préfèrent faire appel à des chambres d’agriculture, souvent moins chères, que penser à changer d’œnologue ou de méthodes de travail. Résultats : une production standardisée !

Voici mon credo : investir plus pour vendre mieux et plus cher…

L’assemblage : une vraie magie

J’ai assemblé un joli cru de Lalande de Pomerol et grâce à la magie de l’assemblage et l’humble talent du scribe, le propriétaire va pouvoir mettre sur le marché 15 000 bouteilles supplémentaires de premier vin, soit un gain net de 120 000 euros de chiffre d’affaires. Comme quoi l’investissement à court ou à moyen terme paye toujours !